
A défaut de tee-shirts ou autres goodies, c'est sous le signe des chamallows et oursons de guimauve que le 2e BarCamp parisien dédié àl'identité numérique s'est tenu samedi dernier, dans ce cadre du programme d'action "Identités actives" (26 avril).
Malgré la mise à disposition de la Cantine décidément propice à ce genre d'évènements co-construits, un ennemi inattendu à une participation plus massive : le printemps ! Bon, on ne va pas se plaindre non plus...
Mais difficile fut sans doute pour beaucoup le dilemme entre discussions en bonne compagnie et bain de soleil, et on ne peut guère leur en vouloir.
Bref, la participation d'une petite cinquantaine de personnes a permis de tenir six ateliers (deux sessions de trois "slots"). : deux sessions proposées sur le wiki ("Personnal branding" par Jeff Ruiz et "L'identité numérique, noyau de l'enseignement 3.0 ?" par Christophe Battier), et quatre qui ont vu le jour sur place ("Pudeur & impudeur en ligne", "Hacker la surveillance", "Vendre son identité" et un improbable "e-sans-papiers").
Premier constat : aucun de ces sujets n'était vraiment très "geek", alors que le terme "identité numérique" est pour beaucoup synonyme de couche web sémantique, de technologies de sécurité, de protection des données, etc.
Un signe que les enjeux de l'identité numérique déborde la sphère techno et devient l'affaire du plus grand nombre ? Pas sûr, mais c'est en tout cas le sens du programme d'action "Identités actives" que de considérer que l'individu commence à se pré-occuper de la manière active de gérer son identité.
J'ai pour ma part assisté à deux sessions : celle sur le Personnal Branding et celle sur les stratégies de dévoilement de soi en ligne.

Outre la (très) grande utilité de réaliser un mind-map
en direct (NDLR : que Jeff Ruiz, qui en a pris l'initiative, a ensuite retravaillé pour produire une version
plus aboutie), j'en retiens pour ma part essentiellement quatre choses.
En premier lieu, si la gestion de sa marque n'est jamais complètement maîtrisée, elle est en tout cas un acte conscient et actif de la part de l'individu. En cultivant sa marque, l'individu s'engage profondément, pour le meilleur comme pour le pire. (il a été fait référence au "plus beau CV du monde" qui a en son temps beaucoup fait couler d'octets). Néanmoins dans d'autres cas, la marque peut être subie : je peux très bien ne pas m'en pré-occuper du tout, alors que dans le même temps on dit des choses sur moi, mes activités, mes productions, etc.
Deuxième constat, celui que les motivations à gérer sa ou ses marques sont encore floues. Trouver du travail ou vendre quelque chose sont les finalités qui ressortent généralement en premier ; ce sont les plus évidentes, mais pas les seules. Acquérir de la notoriété (sans forcément savoir qu'en faire ensuite), collectionner les amis sur les réseaux sociaux (juste par plaisir, parfois aussi par goût de la concurence avec son entourage), communiquer (ce dont témoignent par exemple les commentaires de skyblogs) ou tout simplement être présent dans de multiples endroits du web juste pour jouer... Voilà des aspects moins connus de la gestion de sa marque que j'aimerais bien creuser à l'avenir. Dit autrement, je ne suis pas persuadé que se "brander" n'ait de sens que lorsque l'on a quelque chose à vendre.

Autre point qui m'intéresse au plus haut point : les coaches d'identité ou plus généralement l'apprentissage de la gestion de son identité numérique (je ne parle pas là d'outils en ligne mais bien de personnes réelles). Il n'en a pas beaucoup été question dans l'atelier mais une des intuitions du programme "Identités actives" reste que de nouvelles formes "d'intermédiaires de l'identité" vont sans doute se développer car les individus n'ont pas forcément les compétences (ni le temps !) pour s'occuper de gérer leurs marques.
Enfin, je ne suis pas persuadé qu'il vaille mieux ne pas avoir ni traces ni réputation en ligne plutôt que d'avoir une réputation de "boulet", pour reprendre la boutade de l'atelier.
D'un côté, je ne suis pas visible en ligne ce qui interroge forcément à l'heure du tout-googling ; d'un autre, je risque d'acquérir un renommée qui me dépasse, mais au rythme où vont les campagnes de buzz en ligne, cela peut être temporaire et n'avoir pas plus de conséquences que cela (d'accord, les traces restent, mais elles s'enfouissent sans cesse sous de nouvelles strates informationnelles).
Rester neutre ou prendre le risque de se tromper, voilà en fait le fond du dilemme.
Tous ces points ont été de près ou de loin effleurés pendant cette heure et demi très riche, et c'est déjà j'ai trouvé le gage d'un très bon atelier !
Pour enrichir cette incomplète restitution de l'atelier, deux autres billets en ont également parlé : l'animateur de la session Jeff Ruiz sur son blog webdeux.info (où sont publiées les deux cartes mentales suscitées) et François Laurent dans un billet intitulé "Personal branding, identité numérique et barcamp".
Quant à la 2e session à laquelle j'ai assistée, difficile à ce stade d'en dire beaucoup. Dans les grandes lignes, cet atelier a été inspiré par les travaux menés par le laboratoire SENSE d'Orange Labs sur les questions de pudeur et impudeur dans les comportents en ligne (Pourquoi devient-on si impudique en ligne ? Qu'est ce que "se dévoiler" dans le numérique ? Jusqu'où ça va ? etc.). Au passage, un atelier sur ce thème a été récemment organisé dans le cadre du programme "Identités actives" (Voir aussi les travaux de Dominique Cardon et son équipe parus sur internetactu.net.
Plus que de discuter ces questions, l'atelier a cherché à discuter sur ce que serait une méthodologie innovante d'enquête à partir notamment de photos (publieriez-vous telle ou telle photo sur votre blog perso. ou votre page de réseau social ?), présentée et animée par Aymeric Castelin d'Orange Labs (et accessoirement un peu par votre serviteur...). Je n'en dirai pas plus car ces travaux sont encore au stade conceptuel.
Une hypothèse néanmoins quant à ces comportements de dévoilement en ligne. Généralement, pour en savoir plus sur une personne - mettons quelqu'un qui veut être votre ami dans un réseau social de type Facebook et dont on imagine qu'on ne sait absolument rien d'elle - on est assez tenté de connaître d'elle des caractéristiques plutôt classiques (photo, âge, goûts, ville, etc.). Mais à l'heure du web 2.0 où nos actions deviennent éminemment sociales, il y a lieu de se demander si d'autres types de paramètres, plus relationnels, plus sociaux, ne nous renseigneraient pas tout autant, ou du moins, nous en apprendraient beaucoup sur la personne : a t-elle un profil sur les mêmes réseaux sociaux que les miens ? A quels "groupes" est-elle abonnée ? A t-elle plus d'amis que moi ? Publie t-elle des contenus sur un espace propre ou se contente t-elle de commenter chez les autres ?
Des interrogations passionnantes où il est permis d'imaginer des résultats assez surprenants... A suivre donc !

J'espère que d'autres participants trouveront le temps de restituer - même en vrac sur le wiki ou en mode télégraphique sur leur blog - quelques idées sorties des autres sessions.
En attendant, voici toujours les photos prises par la toujours très active Sylvie Le Bars.
Et si d'aventure une personne souhaitait refaire un IdentityCamp sur un thème plus précis, dans une autre ville, avec d'autres idées, etc. qu'il n'hésite pas à nous en faire part, le programme "Identités actives" a avant tout vocation à servir de plateformes de projets autour de l'identité numérique.
Commentaires
Identité suractive
Merci pour ton post sur mon blog. J'aime beaucoup ce que tu as écrit "Rester neutre ou prendre le risque de se tromper, voilà en fait le fond du dilemme."
Ou reformulé de la sorte "si je ne me marketise pas ma propre identité numérique, d'autres vont le faire pour moi".
A ce propos, y'a l'ami Baudrillard qui s'énervait fortement y'a pas si longtemps pour dire qu'on avait supprimé l'absence (au sens où même déconnecté, notre "moi" virtuel continue à être actif on the web). Vous avez fait des recherches dans ce sens du côté d'identités actives ?
Bonne journée, et au plaisir d'en rediscuter !
L.
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