Construire son CV en 2020


Le groupe "CV 2020" du programme "Identités actives" est parti du constat suivant : en 2020, le CV n'est plus un objet, il se (re-)construit en permanence en fonction du contexte, de ses propres envies, de l'évolution du marché du travail, etc.
Voici un court texte qui en décrit les jalons. Celui-ci est volontairement incomplet, impressionniste et ouvre plus d'horizons qu'il ne propose d'incarnations concrètes. C'est un parti pris volontaire : l'idée n'est pas pour nous de définir ce CV mais plutôt de donner envie à d'autres d'imaginer des prototypes, voire des services, qui lui donneront corps.

Avis donc aux designers, étudiants, bidouilleurs, formateurs, acteurs des ressources humaines et autres penseurs ! Nous ne demandons pas mieux que de cristalliser les énergies pour "passer en mode projet"...



En 2020, le CV change structurellement. Il n'est plus un objet en bout de chaîne, mais est plus proche d'un process, d'un système, voire d'un véritable écosystème autour de l'individu. En d'autres termes, on passerait du CV comme "arrangement floral" au "CV jardinage" où l'on entretiendrait son territoire numérique duquel divers CV pourraient être extraits.

En 2020, le CV va-t-il changer ? Doit-il changer ?

Plusieurs indicateurs laissent croire à un changement profond.
Sur la forme, dès aujourd'hui il se réinvente avec la vidéo, l'hypertexte, voire la 3D. Sur le fond, la part des compétences informelles, souvent bricolées dans le numérique, prennent progressivement le pas sur les compétences formelles. Le traitement automatique des données pose de nouveaux problèmes (conformisme des formulaires XML) et opportunités (par ex. mécanismes de feed-back).
Sur la forme, d'une feuille de papier, il prend la forme des multiples réseaux sociaux auxquels j'appartiens, des blogs où je m'exprime, de l'expression de la réputation que je me suis forgée en ligne, le récapitulatif de toutes les actions que j'ai entreprises en ligne (lifelogs), etc.

Si le CV2020 est le reflet de mon identité numérique, alors il doit pouvoir décrire ce que je suis, mais aussi ce que je fais ou ai fait, et surtout, ce que je voudrais être ou devenir.

Et puis 2020, c'est conjointement le paroxysme de papy-retired-boomers (qui suppose un marché du travail fortement recomposé) et la monté des générations digital natives qui d'ores-et-déjà ont des impacts forts sur les pratiques sociales.

Quelle tête aura-t-il ?
Ces contours sont encore flous, sa physionomie même est difficile à saisir, mais nous pouvons d'ores-et-déjà donner quelques pistes.

Que contient-il ?

  • Mes compétences : des compétences indépendantes de nos métiers, puisées notamment dans nos activités extra-professionnelles, etc.
  • Mes parcours ; parcours de vie, mais pourquoi pas, plus précisément, parcours de villes, de personnes, d'entreprises, de livres, de film, etc. (quelle représentation imaginer pour que ce soit aussi simple qu'un parcours de ville ?)
  • Mes territoires, modélisant ces parcours et permettant de le re-contextualiser
  • Mes désirs : désirs d'évolution personnelle, désirs de vie, d'apprendre, de projets de vie, etc.
  • Ce que pensent les autres de moi : mes collaborateurs, mes proches, mes enfants ?, exprimant leur confiance, leurs recommandations, leur propre vision de mes compétences ; cas extrême : les autres pourraient-ils entièrement bâtir mon CV ?
  • Pourquoi pas des opinions, des valeurs, peut-être plus clairement énoncées qu'entre les lignes de nos projets de vie : nos partages, nos cercles de confiance, nos passions, caractères, etc.

Quelle forme a-t-il ?

Physiquement, il est possible qu'il ne soit plus monolithique, ce qui ne veut pas dire que son accès soit rendu difficile. Peut-être sera-t-il dynamique et s'adaptera à son lecteur. Alors ? Patchwork ? Agrégat ? Statique ou dynamique ?

Très riche, il sera sans doute constitué d'outils permettant son analyse rapide voire automatique : nuage de tag, cartes, cartographies, etc. Pour satisfaire les automates, les données du CV seront exportables à l'aide de sémantiques standards, permettant un écosystème de services autour de ce CV : offre de formation automatisées, etc.

Comment fonctionne t-il ?

Le CV en 2020 est sans doute plus proche d'un système que d'un objet.

  • Il doit d'abord rendre compte de mes "données communes de base" (standardisation)
  • C'est un outil/service qui permet de "renverser les rôles" : ce sont les employeurs qui viennent me voir, et pas l'inverse
  • Il doit pouvoir agréger pour donner la vision en temps réel d'une organisation (il doit être possible de visualiser les compétences d'un collectif)
  • Il est modulable, il doit pouvoir ne montrer qu'une partie de mes compétences (je n'ai pas toujours envie de tout montrer dans tel contexte)
  • Il contient une dimension 'réseau social', cad qu'il se construit collectivement (la construction de mon CV contient des éléments utilisables dans la construction du CV de mes pairs)
  • Il inclut une fonction de veille, de vérification de sa réputation avec possibilité d'inclusion des références positives et la réponse aux références négatives, voire un dispositif d'anonymisation (de l'individu, mais aussi de l'institution)

Commentaires

Imaginons, que diable !

Intéressant article, mais qui fige le décor (le monde, Internet) pour ne faire évoluer que l'objet (le CV).

Il ne faut pas oublier que le concept-même de CV n'aura pas forcément de pertinence demain.

Un CV est un document qu'on transmet (ou qu'on laisse en téléchargement, mais dont on est l'auteur) une fois qu'il a été savamment travaillé. Mais tout cela vaut dans une société où l'information est rare (information scarcity) alors qu'Internet (vous avez remarqué ?) nous met dans un monde où l'information est abondante (information abundance).

Déjà, en 2020, la culture des média électroniques (electronic media litteracy) devrait être telle qu'on ne verra plus de photo de vous en fin de soirée arrosée sur votre propre page (Cf. : http://valleywag.gawker.com/321802/tech/your-privacy-is-an-illusion/bank... ). Quant aux connaissances que les (plates-formes actuelles de) réseaux sociaux appellent "amis", vous aurez des agents (bots) qui vérifieront qu'ils ne postent pas publiquement de photo de vous dans un tel état.

En 2020, la notion de "réseau social" ne sera plus liée à un système tel que FaceSpace ou MyBook mais fera partie intégrante de votre "vie numérique", c'est à dire qu'il existera mille et une façons de suivre votre réseau social et vos activités, qui auront été standardisées (par vos activités, mais la manière de gérer les relations sociales "publiques").

"Et le CV, alors ? Vous vous éloignez du sujet, très cher !", vous entends-je trépigner. Eh bien, le CV, pfouittt ! Yaplu CV. Inutile, ringard, has been. Tout ce dont un employeur potentiel pourrait avoir besoin, il n'aura qu'à utiliser son système de recherche personnel (un ensemble de mashups faisant appel à 1001 APIs) pour reconstituer ce que vous auriez pu (ou n'auriez jamais voulu) rassembler à votre sujet pour postuler à une offre d'emploi : non seulement votre bio, pro et perso, mais aussi vos goûts et traits de caractère pour s'assurer non seulement de l'adéquation de vos compétences avec le poste, mais aussi de la compatibilité avec les membre de votre potentielle future équipe et les tâches qui vous incomberont...

Globalement, ce qui va changer, c'est la notion même de recrutement. L'entreprise devenant de plus en plus poreuse, on aura du mal à savoir qui est dedans et qui est en-dehors. Le futur embauché sera certainement dans le réseau social du chef du service qui aura besoin de telle ou telle compétence/profil. Pourquoi ? Une notion qui manque aujourd'hui à Internet, mais qui va sans doute être de plus en plus présente, surtout avec l'émergence de tous les (sites de) réseaux sociaux, c'est la confiance (networks of trust). Certains réclament un certain anonymat sur Internet, certes (et je les rejoins pour certaines applications), mais il y a aussi des domaines incompatible avec une telle incertitude sur l'identité. A ce sujet-là, il ne faut déjà plus penser aux système de réseaux sociaux actuels, les silos d'identités, mais bien à un système centré sur l'utilisateur (user-centric), que certains appellent l'identité 2.0 (Cf. : http://identity20.com/media/OSCON2005/ ).
Être dans le réseau (social) de confiance de votre futur recruteur/boss, c'est sans doute le meilleur moyen de finit par entrer dans sa boîte, non ?

"Mais tout ça, ça va nous faire de sacrée barrières à l'entrée pour tous les nouveaux entrants !". Eh bien, pas plus qu'avec les gangs des anciens élèves de telle ou telle école, non ? Alors comment pénétrer dans le réseau de confiance d'un autre, si on ne sort pas du sérail ? Eh bien, tout simplement en le "côtoyant" : fréquenter les mêmes forums de discussion, regarder ce qu'il met dans ses bookmarks, suivre (et commenter) son blog/ePortfolio, participer aux même webinars (ou ceux qu'il organise)...

Enfin voilà pour ma version du (non-)CV de 2020 ! On verra...

Nos valeurs fondamentales

J'ai trouvé votre prospective et analyse de l'entreprise 2.0 particulièrement intéressante.

"L'entreprise devenant de plus en plus poreuse, on aura du mal à savoir qui est dedans et qui est en-dehors."
Les générations à venir vont vivre en "mélangeant" leur vie pro et leur privée. D'ailleurs, c'est déjà ce qui se passe sur la toile. Sur les sites de réseaux sociaux, les internautes rassemblent leurs contacts pro et perso et donnent à lire aux mêmes endroits des info de leurs 2 vies. Mais en fait, c'est 2 vies séparées (vie privée / vie professionnelle de nos parents) est une notion dépassée.

Par ailleurs, ce qui a été un temps dépassé (dans notre monde dirigé par l'économie) et qui va revenir comme valeur essentielle, est ce que vous présentez ici : "Une notion qui manque aujourd'hui à Internet, mais qui va sans doute être de plus en plus présente, surtout avec l'émergence de tous les (sites de) réseaux sociaux, c'est la confiance (networks of trust)"

Il est donc paradoxal d'observer qu'avec l'émergence des nouveaux outils, la multiplication des contacts, la croissance des réseaux, la « modernisation » de notre monde nous retournons à des valeurs fondamentales qui régissent encore aujourd’hui les communautés les plus éloignées et isolées de notre monde moderne : LA VALEUR DE LA PAROLE DONNEE

CV = Personal Branding ?

Article très intéressant qui ouvre de nombreuses perspectives. Je suis en accord avec son contenu et la vision qu'il porte.
Je rajoute une proposition ou une orientation à la discussion. Le CV est avant tout un outil au service d'un professionnel mais à destination des recruteurs / employeurs. Il me semble important de ne pas tout centrer sur ce que la techno permet ou pourrait permettre. Par ailleurs, ce n'est pas au professionnel d'inventer un CV à sa mesure... sur-mesure ! Le "client", c'est celui qui embauche le professionnel. Aucun système ou format ne peut faire l'impasse sur les besoins du "client".

Voici ses besoins :
- de la standardisation pour traiter des grands volumes, on a besoin de repères, d'une lecture rapide, on dispose de peu de temps
- une définition claire de l'identité professionnelle du candidat (acquis et projet, passions, motivation, valeurs,...)
- des éléments précis et synthétiques sur sa réputation professionnelle (références, recommandations, réseau de confiance)

Rien de nouveau dans tout ça ! Alors il faut juste retenir que l'innovation, c'est géniale ! Mais, rien ne se fera de durable et global si on ne tient pas compte des besoins des clients (le consommateur du CV Vs le producteur du CV = le candidat).

Au-delà du support et du contenu, je crois que le CV doit s'insérer dans une démarche de Personal Branding. C'est l'objet de mon prochain livre à paraître aux éditions Eyrolles fin mars 2009 : http://tinyurl.com/CVpersonalbranding

Je décris dans ce livre les enjeux et les outils liés à la gestion de son identité et de sa réputation professionnelles (dans le monde physique et virtuel).

Par ailleurs, je vous invite à découvrir un essai technologique de CV 2.0.2.0 : www.olivier-zara.com ou www.cv-20.com

Vos feed-back sont les bienvenus ;-)

CT (Curriculum taggae)

Dans la catégorie CV du futur, le dictionnaire du futur propose le CT ou nuage de tags arborescents qui synthétisent les données disponibles sur une personne. Article de présentation http://www.dictionnairedufutur.fr/spip.php?article69

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