Yves Deswarte est directeur de recherche au CNRS au sein de l'unité de recherche LAAS.
Son projet de carte d'identité blanche propose de remplacer la carte d’identité actuelle par une carte immaculée, sans photo ni nom, dans laquelle seraient contenues les informations d’état civil et de preuve de droits.
Une telle carte pointe les besoins auxquels la carte d'identité actuelle répond mal : prouver ses droits et ses caractéristiques sans avoir à divulguer des informations personnelles, valider un document et des droits (par exemple pour les réductions à la piscine, dans les transports...), certifier son identité lors d’une inscription « sensible » ou encore, en cas d’usages abusifs de notre identité.
Carte d'identité vs carte d'identité blanche
La carte d’identité dont nous disposons nous sert à prouver notre identité, notre nationalité, nos droits ; elle peut servir à toutes les instances de la vie courante pour connaître ce qui nous caractérise en tant que personne civile.
Toutefois, cette carte actuelle pose aussi différents problèmes : toutes les informations sont lisibles ce qui permet de multiples intrusions dans la vie privée. En mode électronique, elle pointe également les questions de surveillance et de traçage. 
Cette carte vise à répondre aux divers risques provoqués actuellement par la carte d’identité, dont par exemple l’usurpation d’identité, la falsification de carte, les fausses cartes d’identité et l’utilisation de données personnelles en cas de vol.
Cette nouvelle carte vise à nous prémunir contre ce genre d’évènements et se charge principalement d’assurer la protection de la vie privée de chaque individu, en minimisant la divulgation des informations personnelles qui nous appartiennent.
Une carte binaire
Le projet mettrait en place un système de carte avec une puce intégrée qui contiendrait au préalable les informations de la carte d’identité que nous utilisons déjà aujourd’hui. Elle serait émise par une autorité, l’Etat, et considérée comme inviolable. En cas de perte ou de vol, la carte sera inutilisable et l’on pourra en recréer une immédiatement auprès de l'autorité compétente.
Yves Deswarte souligne aussi un point essentiel : le fait que les données enregistrées ne sortiront jamais de la carte, qui pourra d'ailleurs être désactivée par son propres détenteur.
Cette carte fonctionnerait selon un système binaire, le principe du OUI/NON, la réponse étant, par définition, contenue dans les questions. C'est-à-dire qu’il y aurait déjà au préalable une sélection de l’information pertinente contenue sur la carte.
La carte ne répondrait qu’en fonction de la question posée ce qui ne nécessiterait que l’utilisation minimum d’information concernant l’individu.
Au delà de l'utopie ... et de la science-fiction !
Pour Yves Deswarte, le concept de carte d'identité blanche vise avant tout à pointer du doigt les questions de sécurité individuelle et contrôle de la vie privée, en donnant la possibilité de pouvoir prouver ses droits sans avoir à dévoiler son identité.
En cela, le concept devrait faire partie intégrante du domaine public pour être repris par tous ceux qui voudraient bien s’y intéresser.

Quelques limites ont été soulevés par les participants, notamment la question de l’utilisation réelle de la carte dans les divers établissements, et surtout, l’enjeu de l’équipement nécessaire pour l’utilisation de la carte.
En effet, qui sera habilité ou non à détenir un terminal de lecture d’identité ? Car aujourd’hui la carte d’identité peut être demandée dans le commerce, comme par la Police, ou bien encore les compagnies aériennes.
Quelle démarche adopter vis a vis des professionnels et des citoyens ?
Quelles seront les autorités et institutions qui seraient autorisées à poser les questions et selon quels critères ?
La multiplication et la centralisation des données sur la carte pour étendre sa gamme d'usages pose aussi question. Yves Deswarte rappelle que les cartes ne disposent pas de numéros, ce qui rend le traçage impossible.
Enfin, il y a certainement à travailler sur des cas d'usage futurs autour de la carte. Afin que celle-ci puisse réellement à faciliter la vie des individus, il faudrait ensuite alors penser à une adaptation logistique efficace pour une utilisation simple et à un design particulier qui ferait la marque de la carte. Si toutefois, cette carte représente l’intérêt des gouvernements et des entreprises …
Vers une société anonyme ?
Elodie BUZAUD
Anne-Sophie THOREL
Pierre KIEKEN
Quentin COMBREAU
Etudiants à l'EAC (Ecole des métiers de la culture)