Retour sur l'accélérateur de projets (2) - Multiples

Avec « Multiple(s) », Maria Laura Méndez-Martén, a présenté, lors de sa table ronde, son projet de fin d’études à l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle.

Ce projet pose le problème de la relation que chacun entretient entre l’individuel et le collectif et ce, dans le rapport à l’identité numérique. En effet, les internautes entretiennent une stratégie de dissimulation/mise en avant, démultipliant ainsi les identités. Et pour cause, la variété des moyens et le passage du web 1.0 au web 2.0 a complètement modifié nos habitudes de communication via l'internet. A présent, nous disposons d’un corps physique et d’un corps numérique nous donnant une multiplicité de visages. Il y a « mon moi et mes différents moi » entraînant un accroissement exponentiel de l’information personnelle. Se pose ainsi le problème de savoir comment s’organise cette opposition entre vie privée et naturisme numérique, ainsi que les moyens d’accroître la compréhension de la façon que nous avons de nous montrer ou de nous dissimuler.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet.
En effet, en mettant au point son application, le but est, au travers de modes d’observation et d’édition, de cartographier l’ensemble de nos moi numériques. S’organisant en quatre parties (réseaux personnels, professionnels, marchands et loisirs), le mode recherche a pour but de trouver les informations relatives aux sites concernant nos différents profils.
Quand au mode édition, il se passe en deux temps : les données personnelles sont organisées en trois partie, les informations réels, celles mises en scènes et enfin les informations fictives. Puis, il est possible de procéder à l’ajout d’images ou de vidéos. Toutes les cartes ainsi constituées sont rangées par catégories et permettent de comprendre l’ensemble des identités numériques. Avec ce projet, on gère ses informations personnelles avant de communiquer avec les autres, en choisissant de montrer ce que l’on veut.

Les attentes de Maria Laura Méndez-Martén s’inscrivent dans une visée pédagogique pour aider à comprendre ce phénomène d’identités multiples.
L’aboutissement du projet serait d’avoir un questionnement sur son intérêt global et de voir comment il serait possible de l’améliorer. Mais le but avoué étant de pouvoir le mener jusqu’à sa partie flash (scénario d’usage) et éventuellement d’intégrer une équipe travaillant sur ses questions là, sans forcément que le projet prenne corps dans sa forme actuelle.

L’atelier a entraîné des réactions assez vives.
Pour Serge Ravet d'EIfEL, le projet rappelle le service de Microsoft , Cardspace, un "métasystème" d'identité qui négocie entre le fournisseur d'identité et le poste de travail utilisateur.
Pour Dominique Cardon d'Orange Labs, le point central est que la négociation de son identité numérique se fait en fonction de ceux qui nous voient. C'est donc sans doute une lacune du service "Multiples" : il faudrait envisager que mes "amis" puissent me voir à travers cette même interface. L'idée, c'est moins de "se ranger" soi-même que de ranger ses sociabilités. Maria devrait davantage réfléchir à cet aspect (celui d'ouvrir la porte à ses "mis" à travers le service). Dit autrement, il faut se poser la question : quand on voit sa carte, vers qui la projette t-on ?
Dominique suggère d'ailleurs la lecture du dernier numéro de la revue "Terrain" ("Etre une personne"), notamment l'article de Nicholas Humphrey et Daniel C. Dennett intitulé "Parler au nom de nos Soi(s)".

Il est certain en tout cas que le projet de Maria n’a laissé personne indifférent...

Pierre Kieken et François Hauguel, étudiants à l'EAC (Ecole des métiers de la culture)

Commentaires

suivi du projet multiple(s)

Merci de ce résumé qui situe bien le projet au moment de la présentation.

En effet le projet avance à grande vitesse et grâce aux commentaires des participants, il est devenu encore plus proche de l'idée du départ: le miroir magique. C'est à dire que l'application propose une double service qui consiste à créer les différents moi, les représenter et les comprendre, mais aussi permet de répertorier les échanges que chaque "carte identitaire" réalise (via une sorte de filigrane numérique) et de restituer sous forme de nuage de tags les éventuelles réactions aux actions réalisées. On peut donc créer des nouveaux "soi" (des anonymes, des hétéronymes...) les connecter aux sns et autres services web2.0, puis suivre des traces de leur activité et puis, pourquoi pas, leur donner une fin.

Avec cette démonstration de soi en pleine croissance, Multiple(s) propose un service personnel privé permettant à l'usager de créer, cartographier visualiser et mieux comprendre l'ensemble de ses visages numériques, dans le but de devenir un acteur de soi plus conscient dans le web.

Soyez les bienvenues pour la soutenance le lundi 18 mai à 14h à Ensci, les Ateliers 48 rue Saint Sabin 75011 Paris

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